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Circulations de savoirs et mobilités professionnelles depuis et vers l’Afrique de l’Ouest

Pour la huitième et dernière séance de l’Atelier doctoral “Décentrement culturel et circulation des savoirs : expériences périphériques“, nous discuterons les présentations de Hélène QUASHIE (IMAF) et Christelle HOUNSOU(URMIS)

Adresse: EHESS, 54 bd Raspail 75006 Paris (salle A06_51)

Date: jeudi 13 juin 2019, entre 15h – 17h

La blanchité vue du “Sud” : un impensé dans la construction des savoirs. Exemples anthropologiques dans l’étude des mobilités et migrations du «Nord » vers le Sénégal

Par Hélène QUASHIE (Docteure en anthropologie sociale / Institut des Mondes Africains)

Cette présentation s’appuie sur plusieurs enquêtes socio-anthropologiques au Sénégal, poursuivies depuis ma recherche doctorale. Elles concernent des mobilités et migrations à rebours de celles plus souvent étudiées. Le Sénégal attire en effet plusieurs catégories de résidents en provenance d’Europe et d’Amérique du Nord, dans des contextes de tourisme résidentiel, d’entrepreneuriat économique, de mobilité pour étude ou d’expatriation professionnelle. Ces contextes sociaux sont propices à l’analyse de l’articulation des variables de classe et de race/ethnicité, voire de genre, et permettent une appréhension renouvelée de la « blanchité ». Entendue comme construction sociale, son analyse etic née des whiteness studies américaines vise à déconstruire la catégorie « blanc », à dénaturaliser les privilèges qui lui sont associés et à décrire autrement les constructions des frontières sociales entre groupes. Plus récemment interrogée dans les sociétés européennes, au regard des stigmatisations dont les migrants venus du « Sud » et leurs descendants font l’objet, la «blanchité » reste sociologiquement conçue comme une caractéristique ignorée des acteurs auxquels elle se réfère, ce qui renforce son poids dans la reproduction des inégalités et de leur racialisation. Elle apparait aussi dans des travaux qui étudient des migrations occidentales vers l’Asie, l’Amérique du Sud, et récemment le Moyen Orient. Toutefois, ils tendent à peu interroger la conception emic de la « blanchité » dans les sociétés d’installation. Or au Sénégal, comme ailleurs en Afrique, la labellisation locale d’un individu en tant que « blanc » révèle des imaginaires postcoloniaux et des enjeux socio-politiques et économiques globalisés, au-delà des représentations du marqueur chromatique. La notion de « blanchité » est mobilisée par les acteurs sociaux et imbriquée aux modes de stratification et de hiérarchie de classes. Elle désigne des styles de vie, des pratiques et privilèges et peut concerner tant des résidents venus du « Nord» (occidentaux ou africains) que des nationaux, selon des modes de distinction sociale, économique et politique et des classifications religieuses et ethniques. Prendre en compte les déclinaisons emic de la «blanchité » peut ainsi éclairer sous un jour nouveau des frontières sociales et identitaires que soulignent et/ou renforcent les processus migratoires.

Mobilités internationales de médecins originaires d’Afrique de l’Ouest francophone

Par Christelle HOUNSOU (Docteure en sociologie de l’Unité de Recherche Migrations Sociétés )

En France, l’exercice de la médecine est principalement régi par l’article L.4111-1 du code de la santé publique relatif aux conditions cumulatives de nationalité du praticien (ressortissant d’un Etat membre de l’Union européenne ou partie à l’accord sur l’Espace économique européen), de nationalité et de date de délivrance du diplôme d’Etat de docteur en médecine, et d’inscription au tableau d’un conseil départemental de l’Ordre des médecins.  Or, et c’est un cas original dans le monde occidental, l’Etat français a lui-même transgressé le monopole dont bénéficient les médecins français et à diplôme français (européens et à diplôme européen) sur le marché du travail médical en France, en organisant le recrutement par les hôpitaux publics de « non autorisés ». C’étaient des médecins étrangers et/ ou à diplôme étranger, « non inscrits » au tableau de l’Ordre des médecins, venant majoritairement des territoires anciennement colonisés par la France en Afrique (Algérie, Maroc, Tunisie, Madagascar, Sénégal) mais aussi de Cuba, du Liban, de la Syrie, du Maroc, de la Roumanie et de la Bulgarie (la Roumanie et la Bulgarie ne font alors pas encore partie de l’Union Européenne). Les établissements hospitaliers les ont de plus en plus recrutés, particulièrement avec l’accélération à partir des années 1980 (Molinié, 2005) des restructurations orientées vers la réduction des dépenses de santé que connaît le système hospitalier en France. Au milieu des années 1990, la problématique des Padhue, les Praticiens à diplôme hors Union européenne, émerge dans le débat public. Il s’agit de médecins, mais aussi de pharmaciens, chirurgiens-dentistes, sages-femmes ou d’infirmiers, tous des personnels étrangers et/ou à diplôme étranger hors Union européenne, exerçant un métier de soignant fermé aux étrangers en France recrutés par les hôpitaux publics. Ils travaillent selon le statut de faisant fonction d’interne, et les statuts dédiés d’assistant associé et de praticien associé. Mais le recours à ce personnel est devenu quelque peu hors contrôle, mais surtout il se fait dans des conditions plus ou moins illégales dont se rend complice l’Etat lui-même en tant qu’employeur, ce à travers les hôpitaux publics. Ce dernier tente alors une première fois d’interdire le recrutement de Padhue. Il rencontre aussi bien l’opposition des praticiens qui pour certains travaillent en France depuis plus de 10 ans, que celle des hôpitaux qui ne peuvent pas se passer d’eux. Suivront alors une longue période de réaménagement du recours français aux praticiens étrangers. Il a consisté simultanément : 1) à organiser la résorption de la population des Padhue par la mise en place de procédures de reconnaissance 2) à remplacer les Padhue par des médecins européens (par exemple + 650% de médecins roumains inscrits à l’Ordre des médecins entre 2007 et 2017) à la faveur des règles de libre circulation de travailleurs entre les Etats de l’UE 3) à réduire drastiquement des flux migratoires de praticiens hors UE arrivant en France et à empêcher leur installation, notamment par la mise en place d’une législation extrêmement sélective et bureaucratisée de la circulation des médecins étrangers hors UE en formation de spécialité.

Mon propos ici porte sur les effets imputables au 1), c’est-à-dire que les procédures de reconnaissance en s’accumulant, les conditions de l’exercice les accompagnant, ont produit, reproduisent et confortent des marges d’appartenance à la profession médicale. Les médecins sont alors des outsiders à plus d’un titre : étrangers, racisés, diplômés à l’étranger. L’idée ici est que les marges ne sont pas des espaces de relégation. Au contraire, ceux qui y sont cantonnés pour un temps limité peuvent y élaborer des stratégies d’intégration au groupe reconnu. Ils peuvent y trouver des ressources de légitimation face aux institutions. La communication se situe principalement du point de vue de ces praticiens à diplôme étranger. Afin de s’insérer dans la société d’accueil, ils investissent dans leur métier, le prestige de la profession médicale apportant une reconnaissance sociale qu’il s’agit de traduire en reconnaissance professionnelle (c’est-à dire par les pairs et l’Etat) Ainsi, être Padhue est théoriquement une condition «professionnelle » transitoire en attendant d’obtenir le droit à un plein exercice. Immigré et en même temps migrant hautement qualifié, praticien sous tutelle, professionnel et étudiants… Toute l’expérience migratoire des médecins étrangers et/ou à diplôme étranger semble inscrite dans les marges qu’ils composent et décomposent, avec lesquelles et dans lesquelles ils composent. Une première partie présentera le propos général de ma thèse et le cas d’étude les médecins originaires d’Afrique de l’Ouest (MoAO), sur lesquels je vais m’appuyer. Le deuxième temps de la communication montrera que d’une certainement manière, les MoAO profitent de la gestion par l’exception qui leur est appliquée pour s’installer durablement en France. Le troisième temps sera consacré à mettre l’accent sur les stratégies d’intégration par la conformation à un ethos de la profession inscrit dans la compétition et la méritocratie.

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Regards post-socialistes sur la politique et l’altérité

Pour la septième séance de l’Atelier doctoral “Décentrement culturel et circulation des savoirs : expériences périphériques“, nous discuterons les présentations de Yunyun ZHOU (Chine) et Oxana GILYUK (Russie )

Adresse: EHESS, 54 bd Raspail 75006 Paris (salle A06_51)

Date: jeudi 9 mai 2019, entre 15h – 17h

De l’« imaginaire » au social : la formation des représentations de l’Occident chez les Russes nés en 1980-1990

Par Oxana Gilyuk (Docteure en sociologie / Centre Maurice Halbwach)

Cette intervention s’appuie sur les résultats d’une enquête par entretiens, menée dans le cadre de ma thèse en sociologie qui porte sur la migration étudiante des Russes vers la France. Mon objectif ici est de mettre en évidence que le rapport des Russes, ou d’autres populations, envers l’Occident est socialement construit, à savoir représente le résultat d’un apprentissage – nommée dans ma thèse « la socialisation à l’étranger occidental » – qui se met en place très tôt dans la biographie individuelle et dans lequel les institutions familiale et scolaire participent. Dans ce but, je suggérerai, dans un premier temps, la nécessité d’abandonner les termes comme « imaginaire » ou « illusion » que beaucoup de chercheurs évoquent pour rendre compte de l’acte de migrer, ainsi que l’importance de restituer le processus de la formation des représentations à de petites échelles de la vie sociale. Dans un deuxième temps, je tenterai de montrer, à partir des informations qu’offrent mes interviewés, quels sont les participants, les lieux et les mécanismes de la socialisation à l’étranger. Tout au long de mon intervention, je soulignerai le caractère non intentionnel et transversal de ce processus : à l’instar de la socialisation genrée ou politique, la socialisation à l’étranger ne se fait pas obligatoirement de façon préméditée et n’est pas isolée d’autres apprentissages sociaux. Au final, pour acquérir des représentations de l’Occident, voire l’incorporer, nul besoin de faire des choses particulières ou de se rendre dans des endroits spéciaux ; il suffit d’être socialisé tout simplement, en tant que membre de la société. De surcroît, une fois commencée, la socialisation à l’étranger se poursuit, et les produits des apprentissages les plus précoces ne sont pas forcément détruits par des apprentissages plus récents.

La représentation politique de qui ? Femmes cadres du parti communiste et gouvernance locale dans la Chine post-socialiste

Par Yunyun ZHOU (Doctorante Université d’Oxford / CRESPPA)

Dans l’histoire du monde, les relations entre «Femmes» et «États» traversent souvent une longue et pénible évolution: de l’antithèse des unes aux autres à la coercition unidirectionnelle des femmes par l’État et, par la suite, elles finissent par devenir deux politiques interdépendantes. catégories. Alors que les théories sur la participation et la représentation politiques des femmes dans les démocraties libérales ont été largement développées au cours des dernières décennies, peu de travaux scientifiques ont développé le statut politique des femmes au sein des partis léninistes et des États autoritaires. Ma thèse de doctorat a pour objectif de présenter l’histoire vivante de «cadres femmes communistes» occupant des postes de responsabilité dans la politique locale contemporaine de la Chine et leurs relations dialectiques avec le parti-État. À travers la révélation des récits de vie moins connus de cette collectivité politique particulière, mes recherches visent à découvrir la relation dialectique à plusieurs niveaux entre individus, collectivités et États du parti, qui implique à la fois discipline et résistance, incarnation et aliénation. À travers la révélation de ces histoires hautement individualisées, sexospécifiques et politisées, cette recherche élargit la théorisation existante sur la relation État-société et revisite les limites des théories classiques de la représentation politique dans des contextes non démocratiques.

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Mémoire et identité coloniales et postcoloniales

Pour la sixième séance de l’Atelier doctoral “Décentrement culturel et circulation des savoirs : expériences périphériques“, nous discuterons les présentations de Clémence Léobal (Docteure Iris/EHESS) et Flora Losch (Doctorante CAK/EHESS)

Date: jeudi 11 avril 2019, entre 15h – 17h

Adresse: EHESS, 54 bd Raspail 75006 Paris (salle A06_51)

L’expérience du décentrement en Outre-Mer: regards bushinengués sur les politiques de logement françaises en Guyane

Par Clémence Léobal (Docteure en sociologie, Iris/EHESS)

Cette communication analyse les rapports sociaux de classe, race et nationalité qui sont à l’œuvre dans les situations de démolition ou de logement en Guyane, à partir des résultats d’une thèse soutenue en 2017 sur le sujet. J’analyse notamment la façon dont les habitants bushinengués catégorisent les agents de l’État (et l’enquêtrice) à l’aune d’une analyse des catégories locales de la blancheur. Alors que la catégorie de « weti » désigne la couleur blanche, celle de « bakaa » renvoie directement à un rapport de domination ancré dans les rapports de classe et de race issus de l’histoire esclavagiste pan-caribéenne. Ces catégories sont mobilisées de manière diverses lors des négociations autour du délogement ou du logement social.

Cette recherche est centrée sur le point de vue des habitants sur les interactions avec les agents de l’État. Elle s’inscrit dans la discussion sur l’État et sur les politiques, dans la continuité des travaux de Timothy Mitchell : l’État est inséré dans les relations sociales, et incarné par des agents. Enfin, elle contribue à une discussion sur le concept de racialisation, inspirée par le travail pionner de Collette Guillaumin qui invite à spécifier le majoritaire, c’est-à-dire le Blanc. Ce travail est une proposition ancrée dans une méthodologie ethnographique : le regard des minorisés, en prenant une place centrale, permet de spécifier la blancheur.

2018 : « La blancheur bakaa, une majorité bien spécifique : race, classe et ethnicité dans les situations de démolition à Saint-Laurent-du-Maroni, Guyane », Asylon(s).Digitales 15, février 2018.

Diffuser et régner ? Circulations des savoirs et technologies audiovisuelles et dé/re-compositions de l’espace impérial en Afrique de l’Ouest (c. 1955-)

Par Flora Losch (Doctorante CAK/EHESS)

Les télévisions nationales ouest-africaines ont souvent été présentées comme de simples prothèses occidentales produits du transfert. A partir de ma recherche doctorale, je m’attacherai à montrer qu’au contraire, elles sont le produit d’une histoire circulatoire bien plus que le résultat d’imports. Créées après les indépendances de 1960, alors que les Etats désormais souverains sur le plan international coopéraient encore étroitement avec l’ancienne administration coloniale, mais tissaient dans le même temps de nouveaux réseaux en contexte de Guerre froide, leur mise sur pied a en effet impliqué une multitude de mouvements, humains et non-humains (professionnels en formation et formateurs, parcs d’émetteurs-récepteurs, appareils d’enregistrement et de lecture, langues et programmes). En suivant dans le temps et l’espace deux entités intangibles, une forme organisationnelle et une technologie (deux tentatives de fixer et standardiser), je montrerai que les savoirs et les techniques de la télévision n’ont pu être simplement « diffusés, » mais qu’ils sont à l’inverse le produit d’un processus incrémental fait d’allers et retours – et que la télévision, pour pouvoir devenir une technologie globale, a d’abord dû prendre localement dans des modalités propres.

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Circulations scientifiques et gestion de l’environnent en Amazonie et en Arctique

Pour la cinquième séance de l’Atelier doctoral “Décentrement culturel et circulation des savoirs : expériences périphériques“, nous discuterons les présentations de Nathalia Capellini et de Sophie Duveau

Date: 14 mars 2019 entre 15h – 17h

Adresse: EHESS, 54 bd Raspail 75006 Paris (salle A06_51)

Savoirs et pratiques sur la gestion environnementale dans la construction de barrages à l’Amazonie Brésilienne : quelles circulations globales ? 

Par Nathalia Capellini (Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines de l’Université de Versailles SQY – Paris Saclay) .

Le vingtième siècle a connu une croissance exponentielle de la construction de grands barrages et leur prolifération dans le monde entier. Pendant ce temps, les barrages sont devenus plus hauts, les réservoirs plus grands et les travaux nécessaires pour compléter ces infrastructures ont impliqués de interventions de plus en plus radicales sur les paysages et l’hydrologie. Cette expansion n’a pas été un processus sans controverse. Au fur et à mesure que les barrages se déployaient, en nombre et dans l’espace, le récit d’un progrès sans fin (et inoffensif) pour tous devenait de plus en plus contesté. Avec des résultats très mitigés, l’industrie des barrages a progressivement intégrée les critiques et a adopté un vaste ensemble de directives, pratiques et réglementations à son activité.  Comment et par quels moyens la contestation est traitée par le secteur des grands barrages ? Quelles circulations des savoirs, pratiques et réglementation sont à l’œuvre? Quels sont les acteurs de ce débat et où se situent-ils ? En effet ce processus a impliqué un large nombre d’acteurs, individuels ou institutionnels, issus de différents secteurs de la société. Cette présentation a comme but d’éclairer cette dynamique, pour enrichir la narrative sur la gouvernance globale de l’environnement.

Les scientifiques et les autres lors d’une expédition polaire: une hiérarchie des savoirs ?

Par Sophie Duveau ( Centre Alexandre Koyré – CNRS/EHESS/MNHN)

Prolongeant le grand partage entre modernité et tradition, nous et les autres, la figure actuelle du scientifique exclut une quantité de pratiques et de discours, en particulier les savoirs que portent sur eux-mêmes les acteurs. Savoirs émiques, traditionnels, profanes, populaires, locaux ou encore autochtones : les termes pour les qualifier abondent et entrent en contradiction avec l’idéologie de la science. Quel statut décidons-nous de donner aux savoirs qui se développent en marge de nos institutions ; en dehors des frontières académiques ? Devons-nous les disqualifier parce qu’ils présentent un aspect utilitaire, les ignorer parce qu’ils sont particuliers ou produits par des « non spécialistes » ? À partir de nos propres travaux, nous nous proposons d’ouvrir une réflexion conceptuelle sur la science ainsi que sur les enjeux méthodologiques d’une histoire sociale des sciences à parts égales. Nous tenterons de réhabiliter la diversité des cultures épistémiques en montrant comment éventuellement se nourrissent les savoirs d’acteurs aux différents statuts lors d’une expédition polaire. Il s’agira en somme d’étendre l’approche du relativisme culturel, ainsi que sa méthode du décentrement, à l’objet que constitue l’epistêmê.

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Regards décentrés sur la santé mentale

Pour la quatrième séance de l’Atelier doctoral “Décentrement culturel et circulation des savoirs : expériences périphériques“, nous discuterons les présentations de Priscila Farfan Barroso (Brésil) et de Magnifique Neza (Rwanda)

Date: 14 février 2019 entre 15h – 17h

Adresse: EHESS, 54 bd Raspail 75006 Paris (salle A06_51)

France / Brésil : Les enjeux d’une comparaison dans la recherche sur les politiques publiques à destination des toxicomanes

Par Priscila Farfan Barroso (UFRGS – Brésil/Cermes3).

Ma recherche doctorale porte sur la mobilisation politique des communautés thérapeutiques au Brésil, qui sont une des composantes de l’offre de santé du Système Unique de Santé (SUS) aux personnes toxicomanes. Les données collectées proviennent des acteurs et des institutions de l’état du Rio Grande do Sul qui participent aux discussions concernant les politiques publiques à destination des toxicomanes, en particulier les fédérations de communautés thérapeutiques, le Conseil de politiques publiques sur les drogues et le Secrétariat d’État de la santé du Rio Grande do Sul. Cette communication vise d’abord présenter mon expérience en France, notamment les discussions plus ou moins formelles au sujet de ma thèse que j’ai eues avec des étudiants et des enseignants, lors de rendez-vous, de colloques, ou de séminaires. La communication examinera ensuite les spécificités et les dimensions socio-structurelles des enjeux de la drogue comme problème de santé publique au Brésil et en France. J’espère ainsi rendre compte des différences et des similitudes entre les situations brésilienne et française analysant, en particulier, les relations entre les religions et l’État, les cartographies des services de santé, et les politiques publiques à destination des toxicomanes dans les deux pays.

La folie des massacres: Enquête ethnographique sur la santé mentale au Rwanda après le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994

Par Magnifique Neza (EHESS/ Cespra)

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Beyond Western thought: politics in Iran and in Pakistan

For the third session of the doctoral workshop on “Cultural decentralization and circulation of knowledge: peripheral experiences” we will discuss the presentations of Sina Badiei (Iran) and Asad ur Rehman (Pakistan). It will take place at EHESS, Paris, 54 bd Raspail 75006 Paris(salle A06_51).

Lors de la troisième séance cette année de l’Atelier doctoral « Décentrement culturel et circulation des savoirs : expériences périphériques », qui se déroulera le jeudi 10 janvier 2018 de 15h à 17h au 54 bd Raspail 75006 Paris(salle A06_51)  nous aurons les présentations des deux travaux suivants :

 The Iranian Revolution of 1979 and the Role of Imagination in Politics

Sina Badiei (Université Toulouse II Jean Jaurès, ERRAPHIS Philosophie)

The Iranian revolution of 1979 is one of the major political moments in the 20th century. However, the fact that none of the currents of thought in Western Europe (Germany, England, France, and Italy) or in the United States have had the intellectual means to think this revolution has led most of the intellectuals in these countries – with the exception of Foucault – to considerably ignore it. Even most of the major Iranian intellectuals, given how much they have been influenced by the intellectual tradition of the aforementioned countries, have had very little to say about this revolution. In this talk, I will first present the historical context within which this revolution took place. I will then try to show how the Marxist currents of thought are incapable of thinking about the outbreak of this revolution. I will finish by arguing that the most important lesson that we can draw from this historical sequence is that we need to liberate politics from its merely critical posture and we need to resuscitate inventive and imaginative forms of political thought and action. This means that simply criticizing the limited nature of political thought in Western Europe and the United States is not enough. It is only by inventing and imagining new forms of political thought and action that we can be sure that the critique of Western Modernism and Postmodernism will not be hijacked by backward-looking forms of thought.

Politics of intermediate classes in Pakistani Punjab

Asad ur Rehman (CEIAS-EHESS)

The society in South Asia is divided across numerous social cleavages. In general, they are of two categories: a) ethnic types[1] b) occupational types[2]. Both are potential reservoirs for emerging intermediate classes to pursue and advance their political claims. Intermediate classes consist of all those who lie in between the super-rich and the poor (below poverty line). They are shopkeepers, peasants, low-scale public officials, artisans and all other self-employed. Their economic position is also correlated with their political position in the polity. Political mediators, brokers, politicians, fixers, muscle men also usually come from this class or become its part. By focusing on these political intermediaries, I would like to present the peculiar moral, social and political idioms which, in Pakistani Punjab, encapsulate politics of these classes. The morality of relatedness understood as Talluq is the niche which connects people with each other and helps them to transcend the impersonal and distant reality of state and Politics. It was expected that these ethnic types will lose their potential efficacy and utility and modern ideas of citizenship and class-based solidarities will displace them. Yet, the overall experience of South Asia demonstrates the relative inaccuracy of this modernization claim or dream.

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Être étudiant ou chercheur étranger : regards critiques sur des parcours académiques en Europe 

Pour la deuxième séance de cette année de l’Atelier doctoral “Décentrement culturel et circulation des savoirs : expériences périphériques“, nous ecouterons  et discuterons deux interventions sur les conditions des étudiants étrangers en Europe. Cette session est particulièrement intéressante car elle contribue à alimenter le débat compte tenu de la situation politique actuelle dans laquelle le gouvernement français a annoncé une augmentation des frais d’inscription aux universités pour les étudiants “non européens”.

Date: 13 decembre entre 15h – 17h

Adresse: EHESS, 54 bd Raspail 75006 Paris (salle A06_51)

La politique française d’accueil des étudiants étrangers :  entre le désir d’attractivité et l’obsession du contrôle

Par Hicham JAMID (Doctorant-ATER au LISE (CNRS-UMR3320) du Cnam-Paris & ORMES, Université Ibn Zohr d’Agadir)

En France, les étudiants étrangers ne constituent pas une catégorie homogène. Dans cette communication, nous n’appréhendons que les trajectoires et les expériences de ceux issus des pays hors Union Européenne. C’est-à-dire ceux qui sont soumis aux procédures de demande de visa « étudiant » et à l’issue de leur formation, sont contraints d’engager une démarche administrative de « changement de statut » s’ils souhaitent travailler et séjourner légalement en France. Pour l’année 2017, ce sont plus de 78 000 premiers permis de séjour qui ont été délivrés pour « raisons liées à l’éducation »[1].Si ces étudiants étrangers sont souvent considérés comme des candidats « désirables » à l’immigration en France, il n’en demeure pas moins qu’ils sont traités comme tout étranger, soupçonné en permanence de devenir ultérieurement en situation juridique irrégulière.

Ainsi, il s’agit dans cette communication de montrer comment et dans quelle mesure le statut juridique de ces étudiants étrangers configure-t-il leurs projets migratoires et professionnels une fois leur diplôme obtenu. Quelles contraintes rencontrent-ils pour pouvoir prétendre à un permis de travail leur permettant une insertion professionnelle en France et quelles stratégies mettent-ils en œuvre pour y faire face ?

[1] http://appsso.eurostat.ec.europa.eu/nui/show.do?dataset=migr_resedu&lang=fr

Décentrer la globalisation des sciences sociales : notes sur les notions de circulation et précarité

Par Vinicius Kauê FERREIRA (Doctorant en Anthropologie Sociale et Ethnologie à l’EHESS – Paris)

Dans une époque de privatisation de l’université et de grande mobilité académique entre le Nord et le Sud Global, quels sont les éléments à être interrogés de façon critique afin de dépasser le sens commun savant autour d’une ainsi-dite « globalisation des sciences sociales » ? Quelles sont les relations existantes entre la croissante mobilité académique, supposée diversité épistémologique et la néolibéralisation de la recherche ?

À partir d’une recherche ethnographique sur les trajectoires de chercheurs d’origine indienne en sciences sociales faisant carrière académique en Europe, je propose une réflexion sur la vie menée par celles et ceux qui, ayant achevé leur doctorat mais n’ayant pas trouvé une poste permanent comme chercheur/enseignant, donnent suite à leur parcours académique à travers de postes temporaires en différents pays de l’Europe dans un cadre de mobilité indéterminée. Cette analyse sera spécialement centrée sur une enquête de terrain menée en Allemagne et en Angleterre, mais touchera aussi à la situation vécue par ces mêmes sujets dans d’autres pays dans la mesure où ces circulations témoignent de dynamiques éminemment transnationales. En somme, il s’agira de porter une analyse critique sur les conditions et stratégies employées par ces chercheurs dans la construction de projets de vie concernant non seulement leur parcours professionnel mais aussi le domaine de l’affectivité, sexualité, conjugalité et d’un certain sens d’appartenance.

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Décentrer l’histoire de la bactériologie

Pour la première séance de cette année de l’Atelier doctoral “Décentrement culturel et circulation des savoirs : expériences périphériques“, nous ferons une introduction générale à l’atelier et nous discuterons ensuite la présentation de Shiori NOSAKA (Japon)

Date: 15 novembre entre 15h – 17h

Adresse: EHESS, 54 bd Raspail 75006 Paris (salle A06_51)

Décentrer l’histoire de la bactériologie autour des controverses de la tuberculine au Japon

Par Shiori NOSAKA (Cermes3)

Si la notion de décentrement nous a permis, en histoire des sciences et de la médecine, de mettre en cause le rapport entre les centres et les périphériques, elle a fait émerger dans l’historiographie japonaise une tentative de dépasser la vision de la modernisation réalisée par l’introduction du savoir occidental et a fait valoriser le savoir local et son hybridation avec les autres. Compte tenu de ce courant, ma thèse, portant sur l’histoire de la bactériologie au Japon, essaie de faire confronter la notion de décentrement à l’analyse d’une techno-science dont l’origine est significativement marquée par l’Europe. Pour ce faire, ma thèse suppose que les controverses autour de cette science médicale n’ont jamais cessé en Europe même ni ailleurs, afin de montrer comment les controverses, les tensions, la méfiance et l’espoir portés sur cette science se conjuguent à d’autres contextes, et comment leur trajectoire se forme selon les techniques mobilisées et les rapports de force des acteurs concernés. Dans cette intervention à l’atelier sur le décentrement, je vais présenter une histoire de la tuberculine, médicament contre la tuberculose inventé en Allemagne en 1890, c’est-à-dire au moment de la formation de la bactériologie, mais qui s’est révélé d’emblée dangereux. Nous examinerons comment l’ensemble de controverses a été problématisé et discuté au Japon, mais également comment ces évènements ont permis la production et la commercialisation du médicament en question.

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Femmes du sud : entre citoyenneté et engagement politique

Pour la cinquième séance de l’Atelier doctoral “Décentrement culturel et circulation des savoirs : expériences périphériques“, nous discuterons les présentations d’Amel Nouri (Tunisie) et  Ecem Hasırcıoğlu (Turquie)

Date: 7 juin 2018 entre 15h – 17h

Adresse: EHESS, 54 bd Raspail 75006 Paris (salle A05_51)

La participation politique des citoyennes ordinaires au processus de démocratisation en Tunisie depuis la révolution de 2011

Par Amel Nouri  (IIAC-EHESS)

La citoyenneté est, en effet, cette qualité qui permet à un individu d’être un membre d’une Cité et de participer à la vie politique. En Tunisie, ce pays révolutionnaire et en transition démocratique, la citoyenneté des femmes est particulière par rapport à celle  des hommes.  Durant cette présentation, nous proposons d’examiner la question de la citoyenneté chez les Tunisiennes ordinaires, en dehors des clichés et des stéréotypes qui sont généralement figés sur les droits sociaux, mariage, divorce, etc. Nous essayerons de répondre aux questions suivantes : quelles sont les formes de la pratique de la citoyenneté chez les Tunisiennes ordinaires, non-engagées ? À quel point la citoyenneté politique est-elle structurée au masculin ? Et comment la pratique de la citoyenneté ordinaire contribue-t-elle au processus de démocratisation dans le pays ?

Étudier la Turquie en France : enjeux et expériences sur l’engagement politique des femmes turques à Strasbourg

Par Ecem Hasırcıoğlu (CESSMA – Université Paris 7 Diderot)

Cette intervention a pour but de présenter les enjeux des études sur la Turquie en France en considérant les motivations et les pratiques des femmes turques en matière d’engagement politique et leur rôle au sein des organisations turco-islamiques en France. En premier temps, nous allons discuter les dynamiques du mouvement des femmes en Turquie et son articulation à la dynamique sociopolitique. Pour cette occasion nous analyserons la version turque de « me too » et les effets des réseaux sociaux dans les processus organisationnels ainsi que dans les manifestations politiques des organisations des femmes contre la violence de genre à Strasbourg. En deuxième temps, nous discuterons l’expérience vécue dans notre parcours académique en Turquie ainsi comme notre adaptation en France en ce qui concerne l’écriture en français, l’usage des approches théoriques eurocentriques, et la démarche et les stratégies utilisées pendant le travail de terrain. Cette deuxième partie nous permettra de discuter autour des « coûts et bénéfices » engendrés par la recherche en Europe lors de la venue d’un pays périphérique.

 

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Imaginaires et discours du politique : entre localité et mondialité

Pour la quatrième séance de l’Atelier doctoral “Décentrement culturel et circulation des savoirs : expériences périphériques“, nous discuterons les présentations de Alan Sanchez  (Mexique) et  Ailin Nacucchio (Argentine)

Date: 3 mai 2018 entre 15h – 17h

Adresse: EHESS, 54 bd Raspail 75006 Paris (salle A05_51)

Tourisme de rivage et conflits locaux à la Côte d’Azur (France) et à la Côte Pacifique (Mexique)

Par Alan SANCHEZ (Université Rennes 2)

L’industrie du tourisme de masse part d’une logique économique non-périphérique, pour revenir vers les périphéries (les plages, régions-villes côtières, le « Sud ») de l’Amérique Latine et même de la Méditerranée, en cherchant à renouveler son imaginaire et à prouver les nouvelles formules marchandes labélisées. Néanmoins, cette forme de commercialisation cache des ruptures au sein des localités : crise d’identité, perte d’authenticité, gentrification et dévastation écologique. A travers 4 études de cas, nous allons essayer de comprendre les modèles du tourisme et leurs impacts. Concernant Nice et Marseille, on se consacrera à l’analyse des conflits socioculturels entre communautés locales (militants occitans, artistes, associations) et sur les promoteurs des labels : Côte d’Azur, EuroMéditerranée et MP13-Capitale Européenne de la Culture ; et dans la région du Golfe de Californie, on réfléchira sur les modèles de développement et de consommation du « nord » et sur la défense des communautés, des collectifs et ONG’s régionales contre la déprédation des écosystèmes côtiers.

Caractériser un cas d’étude à partir d’un cadre de recherche polycentrique: les  discours de la nouvelle droite en Amérique latine

Par Ailin Nacucchio (Paris 3-Sorbonne Nouvelle)

À partir de ma recherche doctorale sur la temporalité dans le discours en tant qu’élément du positionnement politique, je propose quelques réflexions sur la manière de caractériser une conjoncture politique. Dans le cadre des sciences du langage, j’analyse certaines coordonnées problématiques du discours de la nouvelle droite en Amérique latine qui soulèvent plusieurs questions comme: qu’est-ce que la droite ? Quels sont ses principaux traits ? Si c’est par opposition à la gauche, comment est celle-ci décrite ? Pourquoi cette droite est-elle nouvelle ? Or, au fur et à mesure que j’avance dans la recherche et que j’entame des dialogues avec les divers acteurs du champ académique, d’autres coordonnées contraignent potentiellement la portée de l’analyse : démocratie et dictature, populisme, gouvernement et opposition. Dans cet atelier, je voudrais réfléchir sur la définition de ces catégories en rapport à la constitution de mon propre regard en tant que chercheuse native de l’Amérique latine (aux curiosités intellectuelles nées et développées là-bas) venu s’installer (et se légitimer en tant que chercheuse) en France.

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